Batman: One Bad Day – Clayface #1

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Batman: One Bad Day – Clayface #1
variant cover par Hayden SHERMAN

En tout début d'année, prenant mon courage à deux mains, je me suis enfin décidé à me plonger dans ma pile (sans fin) de lectures en retard. C'est ainsi, que je suis tombé sur ce one-shot (d'il y a TROIS ANS!) qui fut un énorme coup de coeur.

En 2023, l'éditeur DC comics avait lancé une anthologie de courts récits portant sur des personnages emblématiques de la "rogue gallery" de Batman. Le sujet commun à ces histoires était de présenter un moment crucial dans la vie de ces vilains, et comment cela a pu faire chavirer leur existence.

Cette idée n'est pas nouvelle et trouve son origine dans un des principaux thèmes de The Killing Joke d'Alan MOORE, Brian BOLLAND et John HIGGINS. Oeuvre devenu culte aux yeux des fans de la chauve-souris et où est dévoilé l'origine, ou plutôt l'une des origines, du Joker.

"Souriez!"

En effet, les auteurs avaient revisité cet antagoniste avec un double récit : un présent où il franchit un pas de plus dans ses sévices envers les alliés de Batman et, en parallèle, un passé où on suit sa vie antérieure, à savoir celle d'un homme (subtilement jamais nommé) à un tournant de sa vie.

S'étant reconverti dans une carrière d'humoriste de stand-up, il tente de subvenir, tant bien que mal, aux besoins de son foyer surtout avec l'arrivée prochaine d'un premier enfant. Malheureusement, de mauvaise décision en mauvaise décision, il finira, le temps d'une journée, par sceller tragiquement sa chute et devenir le monstre que l'on connaît aujourd'hui.

Le contexte étant dressé, revenons au récit de départ à cet article.

Batman: One Bad Day – Clayface #1 nous introduit un Clayface (plus connu sous le nom de "Gueule d'argile" en français) en pleine reconstruction. Plus de Gotham, place au soleil de Los Angeles. Et bien sûr, qui dit nouvelle vie, dit aussi nouveau look!

N'étant pas un novice en la matière, Basil Karlo (son identité humaine) se forge donc une énième identité (Clay) et... tout démarre plutôt bien : il obtient un travail stable en tant que serveur, se fait amis et, prépare même son retour sur les planches.

Toutefois, ce nouveau cadre de vie ne consiste pas qu'en une accumulation de faux-semblants et de mensonges.

En effet, Basil s'est constitué un entourage avec lequel il entretient des liens forts : il les écoute, les conseille de manière bienveillante mais aussi évolue à leurs côtés.

En somme, ce nouveau départ semble être (aux premiers abords) une réinvention bénéfique pour lui. Un véritable nouveau départ avec un entourage sain et de bonnes intentions.

"Tu es un bon ami, Clay"

Le récit m'a évoqué les travaux sociologiques étudiant justement les trajectoires des individus en société. Ces travaux avancent, par exemple, que les individus sont avant tout le fruit de leur environnement social.

Bien sûr, Basil est influencé positivement par ce nouvel environnement, contrastant avec son passé tragique et criminel à Gotham, mais il est aussi impacté par son histoire passée qui conditionne son identité (histoires familiale et sociale). C'est pourquoi, quand bien même on peut souhaiter tout changer, se redéfinir, on ne peut gommer entièrement notre vécu et nos origines.

Alors attention : à aucun moment, cela ne veut dire que nous sommes condamnés! Simplement, il nous faut réaliser que tout ne dépend pas de nous et que, malheureusement, notre classe sociale et/ou notre enfance pèse dans nos choix et possibilités.

Pour compléter mon propos, je vous recommande deux études à parcourir :

Le duo de scénaristes, Jackson LANZING et Collin KELLY, nous gratifie aussi d'un portrait plutôt poétique, même si classique, de la cité des anges. Toutefois, ils l'agrémentent d'une mise en lumière des rêveurs qui s'y retrouvent, pour tenter leur chance d'obtenir l'opportunité qui rendrait leur vie plus qu'ordinaire.

Un dialogue m'a particulièrement marqué en ce sens :

"Cette ville attire des "chats errants". Chaque jours, des milliers d'autres débarquent ici. Chacun d'entre eux, seuls avec eux-mêmes...jusqu'à ce qu'ils ne le soient plus. Parce qu'à travers ces milliers de personnes... il y a ceux qui deviendront les tiens. Tes proches. Ceux pour qui tout ceci vaudra le coup."

Bien que c'est une ville synonyme de compétition acharnée et où très peu peuvent réussir. C'est aussi par inadvertance, un lieu de rapprochement et de communauté pour ces travailleurs.

Malheureusement, il faut coller au concept de base de l'anthologie, et les choses finissent donc par, inévitablement, tourner mal.

L'orgueil de Basil revient au grand jour lorsqu'un proche obtient le rôle qu'il souhaitait. La nouvelle est d'autant plus vécu comme un affront car ce proche est plus que novice dans le métier mais aussi, parce que la directrice de casting n'était pas du tout alignée avec son interprétation du rôle.

"Ce que je veux dire. C'est que c'est une histoire d'amour, on veut donc sentir l'amour dans l'air."

La seconde moitié du comics est donc tragique : Basil éliminant, un par un, tout obstacle sur sa route vers la reconnaissance qu'il convoite depuis toujours.

Il y a même un effet comique indirect à cet enchaînement de tueries : Clayface n'anticipe absolument rien et découvre, comme nous, le nombre toujours plus grandissant de personnes en désaccord avec son approche artistique et ses ambitions.

"Eh merde, c'est reparti pour un tour." Je trouve ce "meme" plutôt bien approprié pour illustrer ce moment du one-shot

Inévitablement, la conclusion est néfaste pour Basil mais en aurait-il pu être autrement au vu de ses actions?

Ce récit m'a marqué car je n'ai pu m'empêcher de vouloir croire en cette possible nouvelle vie du personnage, tant les auteurs ont pu montrer combien il peut s'épanouir en étant un ami, présent et encourageant.

Mais voilà le propos de cette ligne de one-shots était de reprendre le concept "one bad day" de The Killing Joke (oeuvre qui est même directement cité au cours de l'histoire) donc cela allait forcément tourner mal.

Batman fait même une apparition, même si celle-ci n'était pas nécessaire. Il fait plus artifice final pour enfermer de nouveau Clayface à Arkham.

En bref : j'aurai presque été partant pour une ongoing sur le personnage tant il y avait des éléments pour justifier une aventure sur le long terme (les difficultés à continuer à vivre après une vie d'erreurs et d'échecs, un entourage solide de personnages secondaires, un protagoniste très compatible avec la figure du "anti-héro").

De même, je me dis que ce one-shot aurait/a pu inspirer le film à venir !

Enfin, quand bien même je suis extrêmement satisfait de cette histoire, je reste plutôt très fan de la réhabilitation du personnage comme l'avait écrit James TYNION IV lors de son écriture du titre Detective Comics.

"- Je pense que la seule chose qui différencie l'homme assis en face de moi de celui sur cet écran, est un accident. Je peux te redonner ta vie antérieure, Basil. - Quel est l'accroc...?" Batman présentant une opportunité unique dans Detective Comics #934 (TYNION IV/BARROWS)

En effet, à l'instar de Killer Croc, je trouve toujours dommage lorsqu'un rétropédalage est appliqué sur un personnage fictif, tout particulièrement un vilain.

A quoi bon, toutes ces avancées si ce n'est que pour revenir à un statut-quo? C'est malheureusement, l'un des gimmick les plus courants des comics : laissez un scénariste expérimenter pour au final "ranger les jouets" lors de son départ, afin de retourner au "confort" du déjà connu (et le plus souvent faire du "réchauffé" par la suite).

Pour conclure enfin ce billet, je me permets de revenir sur les dessins pour lesquels je n'ai que que des louanges à adresser : Xermanico est un nouveau talent à surveiller de près!

Son style me rappelle légèrement Ivan REIS (connu sur Green Lantern, Blackest Night, Hyde Street, etc.) mais aussi Alvaro MARTINEZ BUENO, ce dernier ayant officié sur Detective Comics lorsque le titre était écrit par James TYNION IV.

Avis final : argile verte/10


Batman: One Bad Day – Clayface est disponible en version originale et édition reliée chez DC Comics (ISBN : 9781779520470).

Ce comics peut aussi se trouver en français chez Urban Comics, sous le nom Batman: One Bad Day – Gueule d'Argile en édition reliée (ISBN : 9791026827016).


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